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Les professeurs documentalistes et les apprentissages info-​​documentaires, résultats de l’enquête réalisée par la FADBEN en 2013

par ADBEN LR 6 Novembre 2013, 09:31

La Fédé­ration des ensei­gnants docu­men­ta­listes de l’Éducation nationale (FADBEN) pro­longe sa réflexion sur la construction d’un cur­ri­culum relatif à l’enseignement de l’information et des médias. Dans ce cadre, la FADBEN a sou­haité prendre en consi­dé­ration les pra­tiques pro­fes­sion­nelles des pro­fes­seurs documentalistes.

Le ques­tion­naire de l’enquête auprès des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes a été rédigé conjoin­tement par les membres du bureau de l’ADBEN Ver­sailles et par les membres du bureau national de la FADBEN. Y répondre, néces­sitait entre 10 et 15 minutes. Ce ques­tion­naire s’attache essen­tiel­lement aux mis­sions péda­go­giques des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, dans le cadre d’apprentissages info-​​documentaires et dans le déve­lop­pement de la culture infor­ma­tion­nelle des élèves.

Synthèse - leçons de l’enquête et perspectives

Les dif­fi­cultés de mise en œuvre d’apprentissages de cer­taines notions par les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, pour des raisons pra­tiques, mettent en avant l’échec d’un système, qui n’a pas encore su donner les moyens aux pro­fes­seurs docu­men­ta­listes de dis­penser leur ensei­gnement de spé­cia­li­sation, l’enseignement de l’information et des médias, qui, s’il est évidemment commun à plu­sieurs domaines d’enseignement, ne nécessite pas moins les moyens d’apprentissages par­ti­cu­liers. Selon les notions envi­sagées, on observe une dis­persion, ou au contraire une foca­li­sation sur cer­tains niveaux, du fait de l’absence de cadres formels de mise en œuvre, en termes horaires, si bien qu’il existe des déca­lages, parfois, contre la volonté des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, entre les appren­tis­sages déve­loppés et le niveau qui devrait être au moins concerné, quand encore la pro­gression sur les dif­fé­rents niveaux peine à exister.

L’institution a su mettre en place cer­tains dis­po­sitifs péda­go­giques, dont on peut tou­jours dis­cuter le contenu, en enga­geant les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes à s’y investir, avec les Iti­né­raires de décou­verte (IDD) et l’Histoire des Arts en collège, avec l’ECJS et les Travaux per­sonnels encadrés (TPE) en lycée. Mais, si l’on voit que les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes ont en effet mas­si­vement investis ces dis­po­sitifs, on constate que cela ne suffit pas, avec un décalage tou­jours existant entre cet enga­gement et les notions effec­ti­vement déve­loppées lors de séances péda­go­giques en heure-​​classe. Ainsi le travail dans les dis­po­sitifs peut être très informel, dans cer­tains cas, sans ensei­gnement sys­té­ma­tique. D’autre part, l’existence de ces dis­po­sitifs, en consi­dérant également le PDMF, peut être l’occasion pour le pro­fesseur docu­men­ta­liste d’exercer son métier de pro­fesseur, d’être reconnu comme tel, mais sans avoir de manière évidente la capacité de déve­lopper des appren­tis­sages qui mettent en avant l’ensemble des notions pour les­quelles, spé­cia­liste de for­mation comme de pro­fession, il peut pro­poser un réel travail didac­tique, dans l’intérêt des élèves.

On constate qu’il n’y a pas de rejet du numé­rique par les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes qui peuvent, lorsqu’on leur en donne les moyens pra­tiques, être vec­teurs de nou­velles approches péda­go­giques dans les EPLE. Par contre, la pro­fession est divisée au sujet de la prise en charge des mis­sions de référent pour les usages péda­go­giques numé­riques, de même d’ailleurs que la pro­fession est tou­jours très per­plexe devant la volonté de l’IGEN, depuis 2004, du déve­lop­pement d’une « poli­tique docu­men­taire » dans les EPLE, sous la res­pon­sa­bilité du pro­fesseur docu­men­ta­liste. On peut sup­poser sérieu­sement que, dans les deux cas, c’est le risque d’une mise au service de l’administration et des autres ensei­gnants, sur des mis­sions qui dépassent le cadre péda­go­gique pour des tâches de gestion élargies, qui pose pro­blème. En effet, on constate que les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes ne s’opposent pas au numé­rique, d’une part dans le cadre de leur travail didac­tique et de leurs séances péda­go­giques, d’autre part dans une gestion rai­sonnée, à des­ti­nation des élèves. Cette crainte est légi­timée par l’absence réelle de for­mation des per­sonnels de l’administration en matière de gestion numé­rique globale, par l’absence de per­sonnels qui aient le temps néces­saire aux tâches de main­te­nance tech­nique, mais également de gestion bureau­tique des outils de l’environnement numé­rique de travail (ENT).

Les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes sont très attachés à leur rôle ensei­gnant. Pourtant ce rôle est dif­ficile à mettre en œuvre, par­ti­cu­liè­rement dès que l’on ne compte qu’un seul pro­fesseur docu­men­ta­liste pour plus de 500 élèves (91,4 % des cas au collège…). Mais ce n’est pas le seul obs­tacle. En lycée, beaucoup ren­contrent des dif­fi­cultés à fermer l’accès au CDI pour des séances péda­go­giques, à prendre la main sur la gestion des flux. Le nombre de séances péda­go­giques devant des groupes-​​classes est très variable, entre 4 et 10, en moyenne, sans pro­gression péda­go­gique pour plus de 60 % des répon­dants ; un peu plus de la moitié conduisent au moins une séance d’apprentissages par classe dans leur EPLE. La par­ti­ci­pation aux ins­tances péda­go­giques de l’EPLE est impor­tante, mais c’est surtout l’investissement dans les dis­po­sitifs ins­ti­tu­tionnels, donc, qui dénotent l’engagement péda­go­gique des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes.

L’institution d’un ensei­gnement, sous forme de modules, paraît pour beaucoup comme une solution per­mettant de donner plus de force aux com­pé­tences didac­tiques du pro­fesseur docu­men­ta­liste, avec l’assurance de donner aux élèves, chaque année, selon chaque niveau, un certain nombre de séances, menées par le pro­fesseur docu­men­ta­liste seul, ou en col­la­bo­ration, selon les projets. Actuel­lement, il s’agit parfois d’inscrire des heures à l’emploi du temps, à l’année, pour les divi­sions de Sixième, ce qui se fait au détriment des autres niveaux, rela­ti­vement à la taille de l’EPLE. Il s’agit aussi de prévoir des séquences équi­li­brées sur l’année, pour une pro­gression sur tous les niveaux, mais avec une autre insa­tis­faction, celle d’un temps rela­ti­vement court consacré à chaque niveau, là encore rela­ti­vement à la taille de l’EPLE. Si l’on se posi­tionne du point de vue de l’élève, c’est bien le principe de modules, même si le terme peut gêner cer­tains, qui paraît la pers­pective la plus évidente, exprimée par une majorité de col­lègues dans l’enquête.

Le sujet d’heures d’enseignement de l’information et des médias ins­crites dans la Dotation Horaire Globale (DHG) d’un EPLE, est pro­blé­ma­tique. D’une part, elle peut enlever une cer­taine liberté péda­go­gique, et surtout d’organisation des temps de travail pour le pro­fesseur docu­men­ta­liste, selon ses dif­fé­rentes mis­sions. D’autre part, il y a le risque d’une réap­pro­priation des heures ainsi ins­crites pour gérer, à l’échelle de l’EPLE, des pertes d’heures pour d’autres ensei­gnants, le chef d’établissement pouvant ainsi puiser dans ces heures pour com­pléter un poste. Ce principe des heures postes et de leur ajus­tement est ainsi observé dans l’enseignement privé, avec des dérives qui peuvent être impor­tantes selon les EPLE, sans plus de per­sonnel qua­lifié, parfois, pour la gestion du lieu CDI et des res­sources imprimées et numé­riques, sans plus de pro­fesseur docu­men­ta­liste en capacité de mettre en œuvre les appren­tis­sages associés à l’information et aux médias [1].

Il n’en reste pas moins une question essen­tielle pour beaucoup, celle du statut des heures d’enseignement. Doivent-​​elles rejoindre le principe d’une heure devant classe qui en vaut une et demie, ou deux ? Doit-​​on estimer que les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes ont un ensemble de mis­sions qui empêche de rejoindre ce principe, avec un nombre de 30 heures, dans l’EPLE, qui per­mettent de donner des séances, mais aussi de les pré­parer ? Qu’en est-​​il des 6 heures asso­ciées à des tâches exté­rieures, souvent consi­dérées, actuel­lement, comme partie d’un travail effectué au domicile pour continuer sa veille infor­ma­tion­nelle, mais aussi pré­parer des séances ? La pro­fession peut être divisée à ce sujet, c’est com­pré­hen­sible. A cet égard, l’institution, dans un contexte numé­rique aux trans­for­ma­tions lourdes, gagnerait à cla­rifier la mission des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes en consi­dé­ration d’une fonction ensei­gnante qu’elle reven­dique. Ce serait là contribuer à péren­niser un travail didac­tique et péda­go­gique essentiel, dont la finalité pour les élèves est reconnue par le monde des uni­ver­si­taires et/​ou des for­ma­teurs.

Dans ce cadre, grâce à ce tableau signi­fi­catif de la situation fran­çaise de la docu­men­tation dans les établis­se­ments du secon­daire, la FADBEN continue son travail de mise en valeur de la mission péda­go­gique des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes. L’association reste attentive à d’autres ana­lyses d’enquête à venir, à savoir celle de Claude Pois­senot, enseignant-​​chercheur en Socio­logie à l’IUT Nancy-​​Charlemagne, pro­posée également par Internet en 2012 pour quelques aca­démies choisies, et celle du syn­dicat SE-​​UNSA, en ligne jusqu’à la fin du premier tri­mestre de l’année sco­laire 2013/​2014, avec des sujets très proches de ceux que l’on a ici inter­rogés. Cela per­mettra d’autres éclai­rages, que nous pourrons mettre en relation avec cette étude.

Après la publi­cation d’un nouveau réfé­rentiel de com­pé­tences pro­fes­sion­nelles des métiers du pro­fes­sorat et de l’éducation, qui met en valeur le rôle péda­go­gique du pro­fesseur docu­men­ta­liste, tout en élar­gissant cer­taines de ses tâches ges­tion­naires, il est néces­saire de continuer de pro­poser des pers­pec­tives encou­ra­geantes pour per­mettre l’existence d’un véri­table ensei­gnement de l’information et des médias, dans l’enseignement secon­daire, et plus lar­gement de la mater­nelle à l’université. Dans cette période de réflexion autour du déve­lop­pement du numé­rique à l’école, les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, avec la FADBEN, conti­nuent d’être force de pro­po­sition auprès du Ministère, de la DGESCO, de nou­veaux ins­pec­teurs, avec une légi­timité tou­jours plus évidente de leur rôle dans les appren­tis­sages des élèves.

Notes

[1] Rapport d’enquête de l’ANDEP, 2012, dis­po­nible sur http://​www​.andep​.org/​r​a​p​p​o​r​t​-​d​enque… de-​​​​lemploi-​​​​et-​​​​les-​​​​conditions-​​​​de-​​​​travail-​​​​des- ​​​​personnels-​​​​exercant-​​​​des-​​​​fonctions-​​​​de-​​​​ documentation/​​ Enquête 2013

Documents joints

Les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes et les appren­tis­sages info-​​documentaires. Rapport d’enquête FADBEN - Octobre 2013.

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